Le mystère des Mayas

 

Cités perdues, effacées de la mémoire des hommes. Pendant des siècles leur nom même fut oublié. Après le temps de leur splendeur, les cités Mayas connaissent, au IXème siècle, la famine, la guerre, la dépopulation, puis l'abandon. La forêt revient. Les racines bousculent les stèles, les jettent à terre, les étreignent. Les branches ébranlent les murs, percent les toits des temples.

 Au bout de huit ou dix siècles, des voyageurs égarés trébuchent, comme dans un rêve, sur des montagnes de blocs taillés et, à travers le fouillis végétal, découvrent des pierres qui les regardent. Des rumeurs circulent : quelles mains édifèrent ces somptueux monuments ? Les autorités s'inquiètent, envoient des explorateurs. Des artistes, des poètes, des curieux les suivent. Au XIXème siècle, les hommes qui tentent l'aventure ont le sérieux des grands amoureux. La passion sert la science.

La civilisation maya
Les peuples, la géographie et les langues
Les anciennes cités mayas
La société maya

La civilisation maya


Parmi les civilisations classiques de la Méso-Amérique, le peuple maya est probablement le mieux connu. Originaire du Yucatán aux environs de l'an 2600 avant l'ère chrétienne, il a atteint son apogée autour des années 250 apr. J.-C. sur le territoire délimité aujourd'hui par le sud du Mexique, le Guatemala, le nord de Belize et l'ouest du Honduras.

S'inspirant des découvertes et des idées qu'ils ont héritées des civilisations plus anciennes comme celle des Olmèques, les Mayas ont maîtrisé l'astronomie, mis au point des calendriers perfectionnés et inventé une écriture hiéroglyphique. Cette civilisation s'est aussi distinguée par son architecture cérémoniale, prodigue de détails et d'ornements, et notamment par ses temples-pyramides, ses palais et ses observatoires, tous construits sans outils de métal. Habiles fermiers, les Mayas défrichaient de vastes étendues de forêts tropicales et bâtissaient, là où l'eau de surface était rare, d'immenses réservoirs souterrains d'eau de pluie. Ils savaient aussi fabriquer tissus et poterie et tracer des routes parmi les jungles et les marais pour tisser de vastes réseaux d'échanges commerciaux avec des peuples lointains.

Vers 300 av. J.-C., les Mayas ont adopté un systèmede gouvernement hiérarchique où l'autoritéétait exercée par les nobles et les rois. Desroyaumes hautement structurés sont apparus au cours de lapériode classique, de 200 à 900 apr. J.-C. Lasociété était constituée de nombreuxÉtats indépendants, comportant chacun unecommunauté agricole rurale et de grandes villeédifiées autour de centres cérémoniels. Le déclin de la civilisation maya a commencé vers 900 apr. J.-C. quand - pour des motifs encore largement ignorés - les Mayas du sud ont abandonné leurs villes. Lorsque les Mayas du nordse sont intégrés à la société toltèque vers 1200 apr. J.-C., la dynastie maya a disparu. Certains centres périphériques ont cependant continué à prendre de l'essor jusqu'à la Conquête espagnole du début du XVIe siècle.

On peut dire de l'histoire maya qu'elle est caractérisée par des cycles de grandeur et de décadence : des cités florissaient, puis connaissaient un déclin et étaient remplacées par d'autres. On peut également la considérer comme marquée à la fois par la continuité et le changement, déterminés par une religion qui demeure le fondement de leur culture. Pour ceux qui continuent de respecter les traditions mayas anciennes, la croyance dans l'influence du cosmos sur l'existence humaine et dans la nécessité de rendre hommage aux dieux par des rites continue de s'exprimer dans une foi hybride, à la fois chrétienne et maya.<

Les peuples, la géographie et les langues

La patrie maya, qu'on appelle Méso-Amérique, s'étend sur cinq pays : le Mexique, le Guatemala, le Belize, le Honduras et le Salvador. Certaines découvertes donnent maintenant à penser que le peuple que l'on appelle aujourd'hui les Mayas a en fait migré de l'Amérique du Nord aux hautes terres du Guatemala, peut-être dès 2600 av. J.-C., pour se regrouper en villages d'agriculteurs. La culture maya de la période préclassique est largement inspirée de la civilisation olmèque, qui l'a précédée et qui a culminé vers 1200 av. J.-C.

À l'apogée de la civilisation maya, c'est-à-dire la période classique (200 à 900 apr. J.-C.), les Mayas occupaient pratiquement entièrement un territoire de quelque 311 000 kilomètres carrés qui était divisé en trois grandes zones :

Les cours d'eau : Une série de cours d'eau prennent naissance dans les montagnes et coulent vers l'océan Pacifique, sur la côte ouest, et vers le golfe du Mexique, dans les basses terres méridionales du Petén. Ces fleuves et rivières servaient de voie de circulation et permettaient de se rendre d'une ville à l'autre en canot. La plupart des villes mayas de la période classique étaient construites près de cours d'eau procurant de l'eau pour la consommation humaine et donnant accès aux routes commerciales. Dans les basses terres du Yucatán, au nord, il n'y a toutefois pas de cours d'eau important.

La forêt pluviale : Si l'on fait exception des hauts sommets volcaniques recouverts de glaciers, la plus grande partie de la Méso-Amérique est recouverte par une dense forêt pluviale. La forêt pluviale est une sorte de serre, procurant chaleur, lumière et eau, et produisant un très grand nombre d'espèces végétales. À l'opposé des riches humus des forêts tempérées, le sol des forêts pluviales est mince et pauvre. Pour survivre, les plantes et arbres tropicaux se sont dotés de racines extrêmement efficaces qui absorbent les substances nutritives des végétaux morts (lesquels se décomposent rapidement à cause de la chaleur et de l'humidité) avant qu'elles ne soient emportées par les eaux.

Le sol : Les meilleurs sols se trouvent dans les vallées des hautes terres du sud, où des éruptions volcaniques ont enrichi la terre. Le climat printanier et les vallées fertiles ont fait de cette région un lieu favorable à la présence humaine en dépit de la menace des volcans. Aujourd'hui, elle abrite la plus grande partie de la population maya.


La famille linguistique maya

Même si les peuples de langue maya qui étaient installés dans ces régions se ressemblaient par bien des aspects, leur éparpillement géographique a entraîné l'évolution de plusieurs langues qui sont de souche commune, mais suffisamment différentes les unes des autres pour faire en sorte que les différents groupes d'origine maya ne peuvent plus, aujourd'hui, se comprendre entre eux. Cette divergence linguistique complique d'ailleurs les efforts de traduction des inscriptions hiéroglyphiques retrouvées à l'emplacement des villes-états. Les érudits cherchent encore aujourd'hui à retracer l'évolution des langues mayas et les interprétations diffèrent, bien que l'on convienne généralement que quatre ou cinq groupes linguistiques sont apparus à la période préclassique moyenne (900 à 300 av. J.-C.).

Les anciennes cités mayas


Les cités mayas formaient, avec leur arrière-pays agricole, des centres administratifs et rituels. Les grandes cités mayas étaient très populeuses. Au centre même de Tikal par exemple, se dressaient sur 15,6 kilomètres carrés, quelque 10 000 bâtiments, allant des temples-pyramides aux huttes à toit de chaume. On évalue la population de Tikal à plus de 60 000 habitants, une densité beaucoup plus forte que celle d'une ville moyenne d'Europe ou d'Amérique à la même époque.

Une ville maya de la période classique consistait habituellement en une série de plates-formes stratifiées surmontées de structures de maçonnerie qui pouvaient aussi bien être de grands temples-pyramides et des palais que de simples maisons individuelles. Autour de ces structures étaient aménagées de vastes cours ou esplanades. L'architecture maya se caractérisait par l'abondance des sculptures en bas relief et des peintures murales ornant les édifices, qui dénotaient un sens aigu de l'art et de la décoration. Dans les grandes cités comme Tikal, des routes ou des chemins en pierre reliaient parfois les édifices imposants et les grands ensembles entre eux.

 

Les cités, rarement disposées sous forme de quadrilatères, semblent s'être développées sans plan préconçu, les temples et les palais ayant été détruits et rebâtis maintes fois au cours des siècles. L'aménagement apparemment arbitraire des cités mayas complique le tracé de leurs frontières. Certaines sont délimitées par des fossés tandis que d'autres sont parfois, quoique rarement, entourées de fortifications. On ne bâtissait pas d'ordinaire de murailles autour des sites, à l'exception de certaines villes récemment découvertes datant de l'effondrement de la civilisation maya où l'on s'était ainsi prémuni contre l'envahisseur.

Les temples-pyramides représentent les plus impressionnants fleurons des cités mayas. Construits de blocs de calcaire taillés à la main, ils surplombaient les bâtiments environnants. Les temples comptaient habituellement une ou plusieurs pièces, mais celles-ci étaient si exiguës qu'elles ne pouvaient servir qu'à la tenue de cérémonies réservées aux initiés. Il y avait une signification symbolique aux alignements des bâtiments cérémoniels.

 

Si les temples étaient les structures les plus imposantes, plus nombreux étaient les palais d'un étage, d'aspect semblable, mais aux plates-formes beaucoup plus basses. Ces palais comportaient quelques douzaines de pièces aux murs enduits de plâtre. Souvent, contrairement aux temples-pyramides, une ou deux cours intérieures étaient aménagées dans l'enceinte des palais.

On ne sait pas au juste à quoi servaient ces «palais». Les chefs ou d'autres membres de l'élite y habitaient peut-être, quoique les pièces fussent minuscules et sans confort. Selon les archéologues, il est plus vraisemblable que les nobles aient vécu dans des édifices aujourd'hui disparus. Il se pourrait aussi que des moines, des religieuses ou des prêtres aient vécu dans ces «cellules», bien que l'existence d'ordres ecclésiastiques ou monastiques chez les anciens Mayas ne soit pas attestée.

Dans certaines régions, l'eau souterraine était rare, si bien que l'on fabriquait sans doute, dans de grands centres comme Tikal, de vastes réservoirs pour servir la population durant la saison sèche. De nombreux sites disposaient aussi de terrains de jeux. Certains étaient munis de bains de vapeur, probablement d'origine mexicaine. Devant les grands temples et palais des villes importantes se dressaient habituellement, dans le stuc des terrasses et des esplanades, une multitude de piliers ou de stèles. Ces stèles, parfois placées sur les plates-formes, servaient alors à étayer les temples-pyramides et il n'était pas rare que soient disposés devant elles des autels plats et peu élevés, de forme arrondie.

Parmi les constantes des principes architecturaux figurent la voûte en encorbellement et la crête couronnant le toit. Contrairement aux arches européennes, la voûte n'avait pas de clé, ce qui lui donnait davantage l'apparence d'un triangle étroit que d'une arcade. Bien que cette forme inhabituelle ait parfois été attribuée à la méconnaissance des techniques nécessaires à la fabrication des clés, d'aucuns prétendent qu'il s'agissait d'un choix délibéré. La voûte comportait toujours neuf strates de pierre représentant les neuf strates du monde souterrain; la clé de voûte superposée aurait constitué un élément de plus, étranger à la cosmologie maya.


Le Grand portail, à Labná (sud du Yucatán), est un beau spécimen d'architecture du style puuc. Les architectes ont préféré peut-ê le symbolisme de la voûte maya au fonctionnalisme d'une véritable arche avec clef de voûte.


Le temple du Soleil, à Palenque, a été bâti par Chan-Bahlum («serpent-jaguar»), fils de Pacal, vers 690 apr. J.-C. L'arête de toit n'a pas de fonction structurelle, mais on peut considérer qu'elle ressemble au panache de cérémonie porté par un roi. Le toit mansardé du temple est orné de magnifiques figures en stuc qui font la renommée de Palenque, avec raison d'ailleurs.

La crête du toit consistait en un treillis de pierre surmontant la structure, déjà élevée, des temples-pyramides. Peut-être les architectes mayas, craignant que ces temples ne fussent pas assez grandioses, voulaient-ils ainsi les rehausser. La crête était toujours abondamment ornementée de reliefs peints en plâtre, à l'instar des façades des temples. Les entrées, les montants de porte et les façades de nombreux autres bâtiments mayas étaient également décorés d'une multitude de sculptures en bois ou en pierre.


La société maya

La péninsule du Yucatán fut d'abord occupée par des chasseurs et des cueilleurs arrivés il y a environ 11 000 ans. Ces nomades vivaient en petites bandes familiales. Vers 2500 av. J.-C., ils commencèrent à cultiver le maïs et abandonnèrent le nomadisme pour s'établir dans les villages entourés de champs de maïs.

Les Mayas créèrent des terres arables en abattant et en brûlant la végétation. Ils cultivaient le maïs et des plantes secondaires telles que le haricot, la courge et le tabac. Dans le plateaux de l'ouest, ils défrichaient la jungle pour y faire des cultures. Après une période de deux ans, ils cultivaient de nouveaux champs, laissant les anciens en jachère pendant dix ans avant de les réensemencer.

Ils vivaient dans de petit villages constitués d'ensembles de maisons occupés par des familles étendues. Leurs maisons au toit de chaume étaient d'ordinaire des huttes à une seule pièce aux murs faits de poteaux de bois entrecroisés recouverts de boue séchée. On utilisait surtout ces huttes pour y dormir, les tâches quotidiennes telles que la cuisine étaient effectuées dehors, dans une espace central commun. La répartition du travail entre hommes et femmes était clairement définie : les hommes entretenaient les huttes et s'occupaient des champs de maïs, et les femmes préparaient les repas, confectionnaient les vêtements et veillaient aux besoins de la famille. Ces méthodes agricoles anciennes et ces traditions familiales ont survécu au fil des siècles et constituent encore le mode de vie de nombreuses communautés rurales.

(à gauche) Le village de Dzibilchaltún.
(au centre) Au cenote.
(à droite) Hommes s'apprêtant à transporter des pots de terre cuite
pour entreposer des aliments et de l'eau.

Au Préclassique moyen, les croyances et idées olmèques sur l'organisation hiérarchique de la société s'étaient probablement répandues dans la société maya. Les Mayas du sud, dans les vallées des montagnes, choisirent de se regrouper sous l'autorité de chefs de haut rang ou de rois, mais la plupart des Mayas des basses terres résistèrent aux pressions, préférant des confédérations tribales qui ne reconnaissaient aucun pouvoir au-dessus des anciens de leurs villages. Le Préclassique récent a vu l'apparition de l'ahau, ou grand roi, et l'ascension de royaumes dans tout le pays maya. Au cours du millénaire suivant, les principes de la royauté domineraient la vie des Mayas.

Dans chaque royaume maya, la société était composée, selon un ordre hiérarchique, de rois, de nobles, de maîtres, de scribes, de guerriers, d'architectes, d'administrateurs, d'artisans, de marchands, d'ouvriers et d'agriculteurs. Outre la capitale, il y avait un certain nombre de centres secondaires éloignés, villes d'une certaine dimension ou simples hameaux et fermes habités par une famille étendue.

Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi les Mayas sont passés de petites communautés agricoles administrées par des responsables locaux aux royaumes complexes de la période classique. La découverte de moyens pour recueillir l'eau de pluie et la création de nouvelles terres arables pour l'agriculture ont joué un grand rôle dans cette évolution. Une force ouvrière non négligeable fut organisée pour construire et entretenir les systèmes hydrauliques (réservoirs, citernes, canaux) et s'occuper des champs de maïs. Ces innovations ont permis d'accroître la production d'aliments et de créer un surplus, de développer le commerce avec les états voisins, et donc de favoriser l'augmentation de la population. Le fait qu'on avait besoin d'un gouvernement pour administrer les activités urbaines et rurales, de plus en plus nombreuses et complexes, explique peut-être en partie que les Mayas se soient dotés de rois.

Les villes, en s'étendant, en partie à cause de l'arrivée de gens de l'extérieur de la région, grignotaient de plus en plus les terres arables. L'accroissement de la population, des sécheresses et de mauvaises récoltes peuvent avoir été cause de graves pénuries alimentaires et de malnutrition. Lorsque les récoltes étaient mauvaises, les gens étaient peut-être forcés d'aller ailleurs pour survivre. D'autres facteurs dans le déclin des villes des basses terres du sud vers 900 apr. J.-C. sont peut-être :

Quelles qu'en soient les raisons, les Mayas ont décidé de retourner à un mode de vie plus simple en cultivant le maïs et en vivant dans des villages ruraux assez semblables à ceux d'aujourd'hui.

Les Mayas du nord aussi entrèrent dans une nouvelle phase lorsqu'ils tombèrent sous l'influence de leurs voisins toltèques et d'autres groupes qui s'établirent dans la péninsule du Yucatán. Cette ère se poursuivit jusqu'à l'arrivée des Espagnols en 1541, qui marqua le début d'une période sombre où l'on brûla les livres des Mayas et tenta de faire disparaître leur religion.

 

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